Une chose que vous ignorez au sujet de votre serviteur c’est que dans sa vie professionnelle il est Consultant en Numérique Responsable pour une grande SSII.
Un intitulé de poste complètement antinomique avec le choix éditorial de GamerStuff.fr. Pensez donc ! Nous ne faisons que vous inciter à la consommation en testant continuellement de nouveaux produits sympas qui vous poussent inévitablement à vouloir renouveler régulièrement votre setup gaming.
Pire encore, j’ai même accepté dernièrement de monter sur une mission en lien avec de l’IA générative. Shame ! Je plaide coupable, mais il faut bien manger…
Mais à l’heure où la conscience environnementale s’éveille dans tous les secteurs, le monde du gaming ne peut plus faire l’impasse sur son impact écologique. Selon un rapport de l’ADEME publié en 2025, le secteur du numérique représente environ 4,4% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (source : Actualisation des chiffres de l’impact du numérique en France – Numérique écoresponsable), dont une part non négligeable est attribuable au gaming (périphériques, accessoires, jeux physiques, data centers, produits dérivés, etc).
Jean-Marc Jancovici, dans son ouvrage « Le monde sans fin, miracle énergétique et dérive climatique » paru en octobre 2021 chez Dargaud et devenu un best seller vendu à plus de 1 million d’exemplaires, souligne que la fabrication d’un simple périphérique électronique mobilise jusqu’à 50 fois son poids en matières premières.

Face à ce constat, comment pouvons-nous, en tant que gamers, faire des choix plus responsables ?
L’empreinte carbone des accessoires gaming : une réalité méconnue
La face cachée de nos périphériques
Prenons juste l’exemple d’une souris gaming RGB qui ne pèse que quelques grammes. Sa fabrication implique :
- L’extraction de plus de 30 matériaux différents
- Une énorme consommation d’énergies fossiles notamment pour la fabrication des plastiques
- Un assemblage réparti sur plusieurs continents
- Une consommation d’environ 1,5 kg de matières premières pour un produit final de 100g
- Un transport sur des milliers de kilomètres avant d’arriver entre nos mains
- Bref un bilan émission de CO2 et consommation en matières premières plutôt conséquent
L’éclairage RGB, devenu quasi incontournable, pose également question. Une configuration gaming complète avec clavier, souris et tapis RGB consomme en moyenne 15-20W supplémentaires en continu, soit l’équivalent d’une ampoule LED. Sur une année, cela représente environ 130 kWh, soit l’équivalent de 13 kg de CO2 dans le mix électrique français.

Et ça ce n’est que pour un périphérique, soit un tout petit élément de la partie visible de l’iceberg.
On a vite fait d’oublier la consommation des Data Centers pour héberger les parties et les jeux avec des contenus toujours plus gros (+130Go pour certains jeux qu’il faudra retélécharger plusieurs fois sur sa console : patch de mises à jour ou faute de place pour faire tenir toute une ludothèque), la consommation des PC, consoles et cartes graphiques toujours plus puissantes, la prolifération des écrans qui requièrent pour leurs fabrications plus de 50 éléments du tableau périodiques (dont certains rares et/ou toxiques), des goodies et autres objets à collectionner toujours plus nombreux, etc, etc.
Le défi des déchets électroniques
Le renouvellement fréquent des périphériques gaming pose un autre défi environnemental majeur : celui des déchets électroniques. Chaque année, une souris ou un clavier mis au rebut rejoint les 60 millions de tonnes de déchets électroniques produits mondialement.
Ces déchets contiennent des substances préoccupantes : retardateurs de flamme dans les boîtiers, métaux lourds dans les circuits imprimés, et terres rares dans les composants magnétiques, différents polymères de plastique.

Face à ce constat, la qualité de fabrication ou la réparation apparaissent comme des solutions concrètes.
Des fabricants comme Logitech ou Glorious l’ont bien compris en proposant des périphériques démontables et des pièces détachées. Un clavier mécanique bien entretenu peut ainsi durer plus de 10 ans, contre 2 à 3 ans pour un modèle bas de gamme non réparable. C’est autant de déchets évités et de ressources préservées.
Le problème des emballages
Les fabricants rivalisent de créativité pour créer des packagings attractifs, souvent au détriment de l’environnement. Une étude de The Green Gaming Project (2023) révèle que l’emballage représente jusqu’à 15% du poids total d’un accessoire gaming et que 80% de ces emballages contiennent des plastiques non recyclables.
Même si nous aimons présenter ces emballages dans nos reviews, je n’ai de cesse dans mes tests de rappeler que le plus important reste le produit. Certaines marques comme Teufel l’ont déjà compris et intégré en proposant des emballages simples en carton brut, dépourvus de cales plastique.

Vers des pratiques plus durables
Prolonger la durée de vie : la première action écologique
La meilleure façon de réduire l’impact environnemental reste d’augmenter la durée d’utilisation de nos périphériques. Quelques conseils pratiques :
- Nettoyer régulièrement nos accessoires (air comprimé pour les claviers, alcool isopropylique pour les surfaces)
- Remplacer les patins de souris usés (la plupart des fabricants en fournissent 2 jeux) ou les switches de clavier qui déconnent plutôt que changer le périphérique en entier
- Pour les accessoires sans fil, sélectionner des produits où les batteries sont remplaçables
- Privilégier les produits modulaires permettant le remplacement des pièces
- Stocker ses accessoires, dans une housse, à l’abri de la poussière et de l’humidité
- Ne pas hésiter à se lancer dans l’apprentissage de la soudure à l’étain ou le démontage de périphérique
- Ne pas céder aux sirènes du marketing et apprendre à se satisfaire de ne pas avoir la dernière version.
- Eviter les « video game rage », respecter son matériel

(lol l’IA et sa gestion calamiteuse des textes sur une image)
La réparabilité : un critère crucial
Depuis 2021, l’indice de réparabilité est obligatoire en France. Dans le secteur gaming, certains fabricants se démarquent :
- Logitech propose des pièces détachées pendant 5 ans
- Glorious PC Gaming Race conçoit des souris entièrement démontables
- Keychron offre des claviers mécaniques dont chaque composant est remplaçable
De son côté, à titre d’exemple, la FNAC propose à présent le service Wefix qui permet de réparer des smartphones à moindre coup, de façon officielle et garantie. Fini le stress du réparateur chinois qui propose des produits noname souvent à moitié compatibles.
Demandons que les marques s’engagent !
Les pionniers de l’éco-conception
Plusieurs fabricants ont déjà pris le virage de l’éco-responsabilité, mais beaucoup ont encore énormément de chemin à faire et se contentent de faire du green washing.
A nous de privilégier les marques qui optent pour des matériaux robustes et durables, quitte à payer un peu plus cher. Exit les produits chinois qui ne durent pas, les matériaux type soft touch qui se détériorent tous seuls dans le temps, les batteries non remplaçables.
A titre d’exemple, voici 3 marques qui proposent des choses intéressantes :
- Logitech
- Utilisation de plastique recyclé post-consommation
- Engagement vers la neutralité carbone d’ici 2030
- Emballages 100% recyclables depuis 2022
- Corsair
- Programme de reprise des anciens périphériques
- Réduction des emballages de 50% sur certaines gammes
- Certification 80 PLUS* Platinum pour les alimentations
- Mountain
- Conception modulaire permettant les réparations
- Matériaux durables (aluminium recyclé)
- Production localisée en Europe
* Une alimentation certifiée 80+ garantit qu’au moins 80% de l’énergie consommée est réellement utilisée par votre PC, réduisant ainsi le gaspillage d’énergie. Les Différents Niveaux de Certification vont de Bronze à Titanium.
Conclusion : vers un gaming plus responsable
L’industrie du gaming ne pourra pas faire l’économie d’une transition écologique. Comme le souligne Jean-Marc Jancovici dans ses interventions, chaque secteur doit repenser son modèle pour s’adapter aux contraintes environnementales. Nous sommes sur un monde avec des limites et des ressources finies. En tant que consommateurs, nous avons un rôle crucial à jouer :
- Privilégier la durée de vie plutôt que le renouvellement constant, Réparer plutôt que remplacer.
- Adopter le choix de la seconde main
- Choisir des marques engagées dans une démarche écologique
- Opter pour des produits réparables et modulaires
- Réduire notre consommation énergétique (désactivation des LED la journée, par exemple)
Le gaming de demain devra être plus sobre, mais pas moins performant. C’est le défi que doivent relever fabricants et consommateurs.
Sources à vérifier :
- Rapport ADEME 2024 sur l’impact environnemental du numérique
- « Le Monde sans fin » – Jean-Marc Jancovici et Christophe Blain (2021)
- Sites officiels des fabricants mentionnés (Logitech, Corsair, Mountain)
- Base Empreinte® de l’ADEME pour les données carbones

